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Nom du blog :
marwan9258
Description du blog :
L'envie de partager
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
26.05.2007
Dernière mise à jour :
17.07.2008
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Delphine

Qui est Delphine ?

Posté le 03.12.2007 par marwan9258

Jeune prof de français, passionnée par la littérature, l'écriture, la danse et la musique.

N'hésitez pas a visiter son Blog et découvrir son univers !!!


http://tititmimine.skyrock.com/




--

Des livres et moi ...

Posté le 03.12.2007 par marwan9258

Touchant et émouvant .... A lire absolument !!!

Extrait de Des Livres et moi... "...Adolescente..."

Mais cet homme est malade ! Il me regarde gémir, il me regarde mourir, et me retient. Et moi, sans force, sans arme, cachée derrière mes larmes. Il me domine, il me maîtrise, parvenant à tourner contre moi-même ma propre haine. Je me sens faible. Je me déteste. Incapable du moindre mot, du moindre geste, je pleure tout bas. Je voudrais me lever, le gifler, le buter. Mais je ne bouge pas. Mon corps entier m'oppresse. Il bouillonne, immobile, accueillant trop sagement toute la violence du crime.

Il m'a lâché, s'est redressé. Puis s'est enfui. Et moi je tremble, souillée, meurtrie, déjà presque enterrée : le sol s'est creusé sous le poids de mon corps écrasé et c'est lui qui, dès lors, me retient dans ses mains.

Accablée par tant de brutalité, je suis paralysée. Seul s'affole mon esprit, conscient de la réalité. Il me faut cacher ce corps abîmé. Il me faut le lever. Le ranger. L'oublier. A tout jamais. Mais j'ai froid. J'ai peur. J'ai mal. Et maintenant mon esprit m'abandonne. Lui aussi.

Je ne sais plus très bien ce qu'il s'est passé... Je ne sais plus du tout quand ça a commencé... Je ne le connaissais pas. Il n'était pour moi qu'un responsable du camp, un responsable souffrant, nécessitant des soins, des massages et des médicaments. Allongé sur le sol, il gémissait de douleur et inquiétait les autres moniteurs.

Pourquoi étais-je là, moi ? Pourquoi n'étais-je pas avec les colons de mon âge ? Je n'ai, en fait, aucun souvenir de ces adolescents, avec lesquels j'ai campé trois semaines durant. J'étais pourtant partie pour me lier à la vie. D'autres vies. Mais aucune image ne m'est restée d'eux.

J'ai d'abord oublié. L'espace de deux années. Et puis m'est revenue, comme une claque cinglante, l'atroce sensation d'avoir été violée. D'avoir été le jouet de cet homme inconnu. Que j'ai voulu aider.

Seule petite colonne près de cet homme souffrant, seule petite colonne perdue, paumée dans sa vie perturbée, je me suis approchée, l'ai à peine regardé, et puis je l'ai massé. Plus tard, il s'est calmé.

Et puis plus rien. Un blanc.

La couleur qui revient est sombre. C'est la nuit. Les tentes sont toujours placées en rond, autour du foyer. Mais moi, je ne dors plus dedans. Je dois dormir dehors. Et plus précisément à côté de cet homme responsable du camp. Il m'affirme que mes pleurs sont gênants. Qu'ils troublent le sommeil des gens. Que la fraîcheur va me calmer. Qu'il doit être à mes côtés. Pour bien me surveiller. Je pleure parce que je très envie de fumer un peu. Mais je n'ai pas de shit, pas de beu. Je pleure parce que cet homme refuse de me conduire dans une pharmacie pour que je me procure les médicaments, par mon médecin prescrits. Et pourtant, j'ai bien besoin de ces cachets pour m'aider à survivre, m'aider à respirer. Je pleure parce que je me sens seule, parce que je me sens mal. Je n'arrive pas à vivre. Je n'arrive pas à dire. Je ne fais que pleurer. Je croyais, moi aussi, que partir m'aiderait. Mais c'était trop rapide. Il faut être lucide.

Un blanc. Un flash.

L'homme glisse en silence sa main dans mon duvet, glisse sur mes seins, sur mon ventre, sous mon short... J'ai treize ans. Jamais personne ne m'a touchée ainsi. Je devine qu'il fait un truc bizarre, anormal, interdit. Mais je ne bouge pas. Je suis paralysée. Puis il retire sa main, m'extirpe de mon duvet. J'ai froid, si froid, pieds nus, en pyjama. A travers la forêt qui borde le camping, il m'emmène avec lui. Puis soudain il me dit : « Allez, allonge-toi ». Je ne résiste pas. Je ne réalise pas. Il ne s'énerve pas. Il prend même le temps de placer un tissu sous mes fesses, comme on protège la peau d'un bébé sur la table à langer. Il ne veut pas que la terre me salisse ou me blesse. Et puis il me soulève les pieds, glisse ses mains vers mes hanches, enlève mon short, et puis...

Flash.

Je n'ai plus qu'une image, celle de mes cuisses levées, blanches et fines. Seule m'est restée cette image. Ma petite carte postale. Une petite carte postale qui se superpose à bien d'autres prises, de nuit. Dans la terre froide du camping.

Clic-Claque.

Durant les autres nuit, le mutisme est resté, mais non pas l'apathie. Je savais désormais que je devrais retourner seule au camp. Et sans bruit. Pour ne pas éveiller les esprits. Je savais qu'il faudrait me cacher. Le cacher. Je sentais confusément le mal, mais je n'avais aucune résistance. Ni physique. Ni verbale. J'étais sa poupée des vacances. Poupée paumée. Poupée cassée.

Claque.

Je me souviens comment, toute perdue et toute seule, au beau milieu du camp, j'apaisais mon esprit en lui chantant : « Laisse-toi glisser tout au fond de ton corps, Plonge et ne crains pas la froideur du dehors. Tu es loin maintenant, maintenant tu es mort... », avant de supplier mon corps de ne pas me lâcher, de ne pas mourir tout à fait : « Coquille, ne te fissure pas, Coquille, ne t'écarquille pas, Je suis si fragile, coquille, Coquille, ne m'abandonne pas ! »...

Crac.

J'ai quinze ans maintenant. Rescapée de la peur, rescapée de la douleur. J'ai très envie de mourir. J'ai très envie de meurtrir, aussi. J'ai envie de tuer celui qui m'a violée, celui qui m'a souillée, celui qui m'a sali ma vie. Etincelle de colère, moteur de mon envol, de mon envie. En vie. En force, aussi.

Force longtemps endormie. Force longtemps enfouie. Une force ennemie, puis amie de ma vie. Une force très féroce aujourd'hui.

Je repense à mon rêve d'enfant, celui de dire, d'écrire, de partager vraiment. Et maintenant, maintenant seulement, je l'affirme vraiment : « Oui ! c'est sûr ! un jour, je me réaliserai ! Pour ne plus vivre en silence. Ne plus vivre en secret. Enfermée. »

Et, tant attendu, ce jour-là est venu.

Enfin.

Enfin j'ose exprimer ma vie en imprimant mon vide. Victoire d'un esprit malmené. Massacré. Mais présent. Et lucide. Percevant le monde comme le théâtre absurde d'un auteur inconnu. Et hostile. Créateur de figures éparses. Insensées. Et débiles. Pleurant l'absence de sens, de foi, de guide. Les voilà, ces pantins, les voilà : voyez-les ces pantins tout piteux, tout miteux. Pantins de charme, pantins de larmes... créés pourtant par d'autres que moi... et qui se tiennent tous là, toujours figés, tout mous, tout droits et ne s'animent pas. Car dans notre vie d'humains, tel est notre destin :

Quand la journée s'achève,
Que les rideaux se baissent,
Quand la lumière décline,
Que le théâtre ferme,
Quand les gens se dispersent
Et qu'ils se retrouvent seuls,
Si seuls
Tout seuls avec eux-mêmes,
Que reste-t-il ?
Des petits corps fragiles,
Des petites vies humides,
Humides et tièdes,
Tièdes et tristes,
Des petits sacs qui ploient
Bien bas sous le poids
Et du mal,
Et des peurs,
Et des larmes.

Enfin j'ose agir, j'ose raconter combien il m'est difficile de vivre, difficile d'exister. Aujourd'hui, je ne lis plus la vie. C'est ma vie que je lie, c'est ma vie que j'écris. Réaliser ma vie se résume donc à dire, juste avant de partir, consiste juste à l'écrire, avant de la quitter. Désormais délivrée. De moi-même. Pour de vrai...

Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours eu l'impression cruelle de n'être pas faite pour la vie. Je me blesse trop souvent et perds à chaque fois trop de fluide, trop de sang. Je lutte, j'apprends, pourtant, en grandissant. Et aujourd'hui, je sais être au bon moment. Mais non point tout le temps... Dès que je me retrouve seule, dénudée, démasquée, je ne suis plus que pleurs. Je suis broyée dans un monde sans pitié. A ce monde, j'aurai bien essayé de donner tout mon être, mon amour et ma foi. A ce monde, j'aurai bien essayé de donner de moi-même un éclat... Mais fidèle à lui-même, il demeure toujours aussi dur, aussi froid. Et je ne m'y retrouve pas. Vidée de moi-même, et jamais ressourcée, je m'échappe, épuisée.

Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours eu l'impression cruelle de ne pas savoir vivre cette vie. De battre trop fort, puis de ne battre plus. De ressentir trop fort, puis de ne sentir plus. De rire trop fort, puis de ne rire plus. De souffrir à en frôler la mort, de souffrir à en vouloir mourir.


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